Mycoses cutanées et champignons de la peau : soins, traitement et prévention
Champignons de la peau : rôle, déséquilibres et infections
Les champignons ne se limitent pas aux sous-bois humides. Ils colonisent aussi la surface de la peau, les muqueuses et le tube digestif. Certaines levures participent à l’équilibre de la flore et cohabitent sans problème avec l’organisme. D’autres champignons restent présents à l’état latent sans provoquer de symptômes, puis deviennent pathogènes lorsque les défenses immunitaires baissent, que la peau macère ou que la flore se déséquilibre après une prise d’antibiotiques. Lorsque ce déséquilibre s’installe, les champignons se multiplient et donnent naissance à des infections regroupées sous le terme de mycoses.
Les mycoses cutanées se signalent par des rougeurs, des démangeaisons, des squames, des fissures ou un aspect inhabituel de la peau, des muqueuses ou des phanères. Elles touchent aussi bien l’adulte que l’enfant et suivent souvent des facteurs favorisants précis comme l’humidité, la chaleur, un diabète mal équilibré, le port prolongé de chaussures fermées ou l’usage répété de savons agressifs. La prise en charge associe toujours un traitement antifongique adapté et des mesures d’hygiène destinées à assécher, apaiser et protéger les zones atteintes.
Mycoses profondes : formes invasives rares mais sévères
Les mycoses profondes, appelées aussi mycoses invasives, correspondent à l’infection d’un organe interne ou de plusieurs organes par des champignons. Elles restent rares et concernent surtout les personnes immunodéprimées, comme les patients atteints de sida, de cancers hématologiques, de maladies graves chroniques ou traités par chimiothérapie et immunosuppresseurs. Les poumons, les bronches, les reins, l’endocarde ou les méninges peuvent alors se couvrir de foyers infectieux fongiques.
Ces infections se manifestent par une fièvre prolongée, un état général altéré, des difficultés respiratoires ou des douleurs localisées. Elles exigent des explorations poussées, des prélèvements et la mise en route rapide d’un traitement antifongique systémique par voie intraveineuse ou orale, souvent prolongé. Ce type de mycose relève exclusivement d’une prise en charge hospitalière spécialisée, et ne doit jamais être confondu avec les mycoses superficielles fréquentes et bénignes qui atteignent la peau ou les muqueuses.
Mycoses cutanéo muqueuses : formes les plus fréquentes
Les mycoses cutanéo muqueuses touchent la peau, les ongles, les cheveux et les muqueuses externes. Elles se manifestent de façon variable selon la zone atteinte et l’agent responsable. Les dermatophytes, les levures et certains moisissures colonisent les couches superficielles de l’épiderme, se nourrissent de kératine et provoquent des lésions de surface qui démangent, brûlent ou fissurent la peau.
Le traitement repose d’abord sur le nettoyage doux de la zone atteinte, le séchage minutieux après la toilette et la suppression des facteurs de macération, notamment dans les plis cutanés, entre les orteils ou sous les seins. Le médecin ou le dermatologue prescrit ensuite un antifongique topique sous forme de crème, gel, lotion ou poudre, à appliquer une à deux fois par jour pendant plusieurs semaines. En cas d’atteintes étendues, de mycose du cuir chevelu, d’onychomycose tenace ou de récidives multiples, un antifongique par voie orale devient souvent nécessaire, associé à des mesures de prévention pour limiter les recontaminations.
Candidoses : mycoses à Candida de la bouche, de la peau et de la sphère génitale
Les candidoses, aussi appelées moniliases, sont provoquées par des champignons du genre Candida, en particulier Candida albicans. Ils appartiennent à la flore commensale de la bouche, de l’intestin et du vagin, mais deviennent pathogènes lorsque la flore se déséquilibre ou que l’immunité se fragilise. Une antibiothérapie prolongée, un diabète mal contrôlé, une grossesse, le VIH ou certaines maladies du foie favorisent ce type de mycose.
La candidose buccale, ou muguet, se développe sur les parois des joues, le palais, la langue ou les lèvres. Elle se manifeste par une muqueuse rouge et enflammée recouverte de petits dépôts blanchâtres qui ressemblent à du lait caillé et se détachent en laissant un fond rouge sensible. Le traitement associe une bonne hygiène bucco dentaire, des bains de bouche antifongiques et, si besoin, un traitement général chez les personnes fragiles. Il est souvent nécessaire de vérifier et corriger le terrain sous jacent, par exemple un diabète déséquilibré ou une sécheresse buccale.
Les candidoses cutanées prennent la forme d’intertrigos des plis. Elles touchent surtout les aisselles, l’aine, le sillon interfessier, les plis sous mammaires ou les espaces entre les doigts et les orteils. La peau devient rouge, luisante, parfois fissurée, avec des bords émiettés et des petites lésions satellites. L’humidité, la transpiration, le port de vêtements synthétiques serrés et le surpoids favorisent ces atteintes. Le traitement repose sur un antifongique local, associé à des mesures simples comme le port de vêtements en coton, le séchage soigneux des plis après la douche et la réduction de la macération.
Les candidoses génitales concernent aussi bien la femme que l’homme. Chez la femme, la vulvovaginite à Candida provoque démangeaisons intenses, brûlures vulvaires, douleurs lors des rapports et pertes épaisses blanchâtres grumeleuses. Chez l’homme, la balanite candidosique entraîne rougeur, brûlure, dépôt blanchâtre sur le gland et parfois fissures du prépuce. Le traitement combine des ovules ou crèmes antifongiques chez la femme, une crème antifongique chez l’homme et une hygiène intime douce sans savon agressif. Les traitements locaux se complètent parfois par un antifongique oral, en particulier en cas de récidives rapprochées ou de candidose profonde associée.
Pityriasis versicolor : taches de couleur inégale sur le tronc
Le pityriasis versicolor est une affection cutanée fréquente liée à une levure du genre Malassezia, présente à l’état normal sur la peau. Sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et de certains facteurs individuels, cette levure prolifère et perturbe la pigmentation de l’épiderme. La maladie touche surtout le haut du tronc, le dos, le cou, parfois les bras, et se rencontre en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes.
Les lésions se présentent sous forme de petites taches arrondies, jaunes, brunes ou plus claires que la peau saine. Elles ont tendance à confluer et à former de larges plaques aux contours irréguliers, avec une fine desquamation. Elles ne démangent pas toujours mais provoquent un contraste esthétique net, surtout en été lorsque la peau environnante bronze. Le traitement repose sur des antifongiques locaux en lotion, gel ou mousse, parfois sous forme de shampoing appliqué sur tout le tronc, à laisser poser avant rinçage. En cas d’atteinte étendue ou de récidives, un traitement antifongique oral peut être ajouté sur une courte période.
Après la guérison, les taches hypopigmentées persistent parfois plusieurs semaines, le temps que la peau retrouve une pigmentation homogène. Une exposition modérée au soleil, associée à une protection solaire adaptée, aide généralement à régulariser l’aspect de l’épiderme, à condition que la levure soit bien contrôlée par le traitement.
Teignes : mycoses des cheveux et des poils
Les teignes sont des mycoses du cuir chevelu ou des poils provoquées par des dermatophytes. Elles se transmettent par contact direct de tête à tête, par partage de brosses, bonnets ou casques, mais aussi par certains animaux, en particulier le chat et le chien. Les enfants en âge scolaire sont très exposés, et la teigne se propage facilement dans les collectivités lorsque le diagnostic tarde.
Les teignes tondantes se manifestent par des zones arrondies d’alopécie où les cheveux semblent coupés au ras de la peau et se couvrent de petites squames. Les teignes inflammatoires, ou kérions, forment des plaques rouges, gonflées, très douloureuses, avec des pustules et un suintement. Les teignes faviques donnent des croûtes épaisses jaunâtres et une odeur forte. Sans prise en charge, ces formes inflammatoires peuvent laisser des cicatrices définitives avec une perte de cheveux irréversible.
Le traitement associe toujours un antifongique par voie orale pendant plusieurs semaines et un shampooing antifongique à appliquer régulièrement sur le cuir chevelu. L’entourage proche doit bénéficier d’un examen et parfois d’un traitement préventif, surtout lorsqu’il existe plusieurs cas dans la fratrie ou à l’école. Les objets en contact avec la chevelure, comme les brosses, taies d’oreiller et couvre chefs, doivent être lavés à haute température ou désinfectés pour éviter les recontaminations.
Prévention des mycoses cutanées et conseils d’hygiène
La prévention des mycoses repose sur une hygiène quotidienne adaptée. Il est utile de se laver avec un savon doux, de bien rincer puis de sécher soigneusement tous les plis, notamment entre les orteils, dans l’aine, sous les seins et dans les zones de frottement. Les chaussures fermées portées longtemps, surtout en milieu chaud et humide, favorisent la transpiration et la macération. Alterner les paires, laisser les chaussures s’aérer et utiliser des chaussettes en coton limite ce risque. Dans les piscines, les douches communes et les vestiaires, le port de sandales de bain protège la plante des pieds.
Il est préférable d’éviter le partage de rasoirs, serviettes, brosses à cheveux, chaussures ou linge de toilette. Un diabète bien équilibré, une prise raisonnée d’antibiotiques et le respect des doses et durées de traitement antifongique réduisent les récidives. En cas de démangeaisons persistantes, de plaques rouges qui s’étendent, d’ongle épaissi et fragile ou de taches cutanées suspectes, une consultation rapide auprès d’un médecin ou d’un dermatologue permet de poser le diagnostic précis et de débuter un traitement efficace avant que l’infection ne se propage.